Les forçats de M’Beubeuss
En 1968, le lac asséché de M’beubeuss, dans la commune de Malika, avait été choisi pour accueillir provisoirement l’unique décharge d’ordures de la région de Dakar. Quelques 475000 tonnes de déchets solides ménagers et industriels s’y déversent chaque année. Sur cette montagne d’ordures dépourvue d’aménagements techniques s’active près d’un millier de récupérateurs et recycleurs. Ces derniers transforment la matière première en objets d’artisanat qui seront revendus sur les marchés, ce qui permet ainsi de réduire le volume des déchets responsable de la pollution. Cinq cent d’entre eux vivent sur le site et viennent pour la plupart de Dakar et sa banlieue, mais aussi des campagnes sénégalaises. Ils viennent s’établir sur la décharge à l’insu de leurs proches. Pour la plupart des Sénégalais, ce métier est humiliant.
Malgré les conditions sanitaires déplorables et les nombreux cas de maladies répertoriées, M’beubeuss leur apporte une vie prospère dans un pays où le taux de chômage frôle les 50%. Les récupérateurs d’ordures n’envient rien aux citadins (ils trouvent parfois de l’or). Cependant, la sentence est tombée, M’beubeuss devra fermer ses portes à la fin de l’année 2010. Le futur centre d’enfouissement des déchets de Diass près de Thiès, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, est opérationnel. Certains feront le voyage sous des critères de sélection bien définis. Pour les centaines d’autres restants qui ont toujours vécu des ordures, l’avenir reste incertain.
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