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Chaque mois, l’ANI présente le travail photographique d’un auteur proposé par les membres de l’association.

Pour le mois d’août, nous vous proposons de découvrir le travail de Romain Carreau sur la ville de Tanger au Maroc.

Exposition du 6 septembre au 16 octobre 2011 à la Galerie Librairie Le 29, 29 rue des Récollets, 75010 Paris (téléchargez le flyer)

De Tanger, on ne connaît que peu de choses : sa jalouse générosité envers les capteurs d’images devant lesquels elle danse malicieusement depuis des siècles, son esprit retors entortillant écrivains et poètes ou encore son dévoilement parcimonieux face aux analystes méticuleux. Tanger, la grande urbaine résiste à l’enfermement des mots et contrarie avec allure les définitions. Elle est un mouvement, des mouvements ; et pris dans un de ceux-là on la tient, on l’embrasse puis elle file. Peut-être l’avons-nous seulement frôlée.

Échafaudée, démontée, édifiée, elle ne se laisse néanmoins fabriquer par aucun savoir, c’est en cela que réside son pouvoir. Ecrire Tanger, la photographier n’implique pas de décoder des secrets urbains ancestraux. Saturée de secrets elle l’est, comme nos esprits le sont de récits et d’images mentales qui la racontent. Métropole et village, port, frontière, désert, lieu de transit, mer et océan, trait d’union entre Méditerranée et Atlantique, rencontre de deux continents, enfant du mariage de l’Orient et de l’Occident, elle tire sur les chaînes de son histoire avec la rage du désespoir.

Faire le récit de cette ville impliquerait donc de faire, de se souvenir, d’accepter toute une généalogie des imaginaires et savoirs qui la disent – constructions mentales sur la ville qui, traversant les jeunes âges, sédimentent les esprits. Confondre ensuite l’histoire afin que pénètre l’inéluctable changement. Et… Tanger apparaît, une fois le dos tourné au détroit et à ses multiples imaginaires. Elle se visibilise. Ruelles ascendantes, descendantes, quartiers résidentiels, banlieues jeunes et déjà avariées, discothèques, coins et recoins où diablotins et diablesses se baratinent, performance des corps-performance des lieux, nouvelles « cités-HLM » qui laissent croire à une résurrection des rêves corbusiens,…

On est dans la ville, bientôt de la ville mais on souffre d’un étrange syndrome : la lisière. À côté tout en étant dedans. Touché avec force, plaqué à une réalité rêvée dont on est aussitôt vidé.

On l’invente et elle nous écrit en spirale sur les marges1. Des marges où se déploient, se rencontrent, s’enchevêtrent les différents univers sociaux bricolant une ville au quotidien. En tension, « nous sommes tous entiers à la surface de nous-mêmes. » (Camus, « La mort dans l’âme » in L’envers et l’endroit.)

Mériam Cheikh, anthropologue

Le site internet de Romain Carreau

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