Un autre regard, avec Divergence Images

Début 2021, nous avons accepté avec enthousiasme l’invitation de Divergence-images de publier chaque mois sur ses réseaux, une carte blanche de l’ANI : un post illustré d’images trouvées dans leurs sujets photographiques. Cette proposition est une belle opportunité pour tous les passeurs d’images que sont les membres de l’ANI.

Mars 2022 : Alice Santinelli voir les images sur FB. Formée dans les archives et labos photo, elle travaille comme iconographe et consultante. Parmi ses nombreuses activités, Alice accompagne les photographes sur des projets éditoriaux et d’exposition, s’occupe de la collecte de fonds pour Reflexions Masterclass ou encore s’investit comme bénévole pour les Rencontres des Amis du musée Albert-Kahn et bien sûr – à l’ANI !

© Alain Guilhot / Divergence-Images

Le geste politique – « Je parcours la plateforme Divergence avec le mot clef ‘politique’ et tout d’un coup, une redondance m’interpelle. Ces photographies minimalistes et épurées, j’oserai plasticiennes, émergent avec une force de suggestion étonnante. En tant qu’iconographe, nous les utilisons souvent en accompagnement, corollaires. Cependant, elles figent dans le temps et dans l’espace un geste et son message subliminal. Un doigt péremptoire, un poing serré, un pouce levé. Le lieu n’est pas à l’analyse ou au jugement de valeur mais à l’attention du mouvement comme un indice de l’ethos politique et du langage corporel que les politiciens maîtrisent, ou, encore plus intéressant, se laissent échapper.»

Février 2022 : Adeline Riou voir les images sur FB. Adeline Riou est iconographe depuis onze ans à Réseau Canopé, éditeur du ministère de l’Éducation nationale pour la formation des enseignants.

La Tempête de William Shakespeare, mise en scène Robert Carsen dans la Salle Richelieu de la Comédie française. © Brigitte Enguerand / Divergence-Images

« Produire des ressources pour former les professeurs me permet de toucher au quotidien à tous les sujets enseignés dans une classe en France. J’ai notamment l’opportunité chaque année de gérer l’iconographie pour les options artistiques du baccalauréat. J’ai voulu mettre en avant aujourd’hui la photographie de théâtre. On peut penser qu’elle nous donne surtout à voir la gestuelle et le jeu des acteurs. Mais, pour un enseignant, les perspectives d’études offertes par une telle photographie se révèlent multiples. Ces images prises sur le vif leur permettent de porter un œil critique avec leurs élèves sur les choix du metteur en scène, du scénographe ou encore de la personne en charge des costumes. La photographie se révèle alors complémentaire de la capture audiovisuelle et de la sortie au théâtre et ce surtout en cette triste période de pandémie. »

Janvier 2022 : Ania Biszewska voir les images sur FB. Ania Biszewska est iconographe depuis 20 ans dans la presse, avec un passage par l’édition et les agences d’actualités.

© Olivier Coret / Divergence-Images

”J’ai éte captivée par cette série “La France factice” d’Olivier Coret où il a construit un récit sensible et riche sur la poésie du quotidien disparu dans les vitrines en trompe l’œil. Si ces trompe-l’oeil étaient vrais, on pourrait entrer au salon de toilettage canin pour bichonner son fidèle compagnon, puis aller à la boutique de tissus pour choisir l’étoffe du style « idées fixes » que nous suggère le panneau au-dessus.« Au dernier cri » rappelle l’élégance d’autrefois et évoque subtilement l’envie de renaissance et de beauté.La vitrine d’électroménager sort d’un monde lisse et bleuté où Moulinex « libère la femme » pour qu’elle puisse s’épanouir en perfectionnant ses rôtis et ses jardinières de légumes.Enfin, « Au fines douceurs » s’est transformée en vision bucolique ensoleillée, invitant à une balade le long du canal. Mais comme le panneau au-dessus indique que l’immeuble est à vendre on doute… Les douceurs de la vie ont-elles jamais existé ici ?”

Novembre 2021 : Emilie Réaux voir les images sur FB. Pour cette édition, voici le choix d’Emilie Réaux, iconographe aux multiples parcours : d’abord dans une agence espagnole pendant 10 ans à Madrid, elle est aujourd’hui indépendante et travaille pour la communication institutionnelle, les éditions scolaires et de voyages, et la vidéo.

© Laurent Hazgui / Divergence-Images

”Il y a peu, j’ai eu devant moi l’arbre aux actions de Racines de résilience et le mot « Transmettre » est sorti du lot, c’est une évidence, c’est mon métier. Ma carte blanche sera sous le signe de l’art de transmettre, diffuser, dénoncer. Iconographe c’est écrire avec des images, pour moi c’est donc laisser une trace et rien de tel qu’une image comme preuve que quelque chose a eu lieu, a réellement existé au moins devant les yeux d’une personne. Un événement qui a ému et transporté et qu’il faut partager”.

Octobre 2021 : Elisabeth Perrot voir les images sur FB. Élisabeth Perrot a travaillé 25 ans dans la presse féminine. “Une variété infinie de recherches et d’images, de la photo lifestyle à la prise de vue en studio, des commandes de portraits aux reportages de mode, des photos beauté aux reportages de guerre, des recherches people aux documents d’archive. Un métier adoré, des équipes au top et des collaborations avec tant de photographes. Je me suis bien amusée ! Et si possible, je continue !”

© Jacques Graf / Divergence-Images

« Carte Blanche : un grand champ de possibles s’ouvre à moi. Petit tour dans les fichiers bien rangés du site de Divergence. Où commencer, où s’arrêter, l’éternel dilemme de l’iconographe. D’abord les séries de reportages puis l’ordre alphabétique des photographes, vers des sujets plus personnels, plus intimes. Je classe, je déclasse, je trie, je mélange, et, au fur et à mesure, les photos font sens, un récit se dessine devant moi : D’abord les lumières d’un bar, dehors la nuit, les rues désertes et une marche sous la pluie. Il entre. Les reflets dans les verres sagement alignés derrière le comptoir ; rassurant, un refuge. Il se réchauffe. Longuement…La nuit peut attendre. Lorsqu’il repart, la pluie a cessé, laissant de petits miroirs contrastés sur les tables de bistrot.

Devant lui, l’immeuble se dresse, flou, vision de fin de nuit. Fatigue, puis black out. Le lendemain, le jour est levé depuis longtemps. Le soleil s’invite dans la chambre, à travers les rideaux qui flottent doucement, poussés par la brise. Il se souvient alors qu’elle avait posé ses bras en croix sur le marbre de la table du bar et qu’elle attendait, confiante, et abandonnée. Il a perdu la notion du temps. La pluie est de retour. Dehors c’est à nouveau la nuit, l’heure de tous les possibles. Il sait qu’elle sera là ce soir.Parfois les iconos se racontent des histoires, au gré des images de leurs confrères photographes”.

Septembre 2021 : Muriel Lefebvre voir les images sur FB. Muriel Lefebvre, spécialiste de la valorisation culturelle des images en général et de la photographie en particulier. Muriel est indépendante.


© Hervé Boutet / Divergence-Images

“J’ai eu envie de regarder par la fenêtre : comme matrice, objet photographique « par essence », et approche récurrente. Pas un photographe, pas une photographe, qui ne soit, tel un insecte guidé par la lumière qu’elle dégage, attiré·e par son point de vue sur le réel, ne se pose devant elle ou ne porte son regard au travers.Dans son cadre, la fenêtre contribue à organiser les informations du monde visible. Elle oriente, rythme la lecture de l’image. Par son emplacement entre le dehors et le dedans, elle procure un sentiment de protection en même temps qu’elle autorise les rêves les plus fous – partir au loin! Nos fenêtres nous projettent au-delà de nous-mêmes, et jouent ce double rôle de miroir formel de nos visions et de nos aspirations. Il existe bien des formes différentes d’enfermement, et la puissance du motif de la fenêtre est peut-être à l’image de l’intensité de cette expérience de vie. Les fenêtres ici choisies sont antérieures à 2020”.

Juillet 2021 : Selma Ahmed-Chaouch voir les images sur FB. Selma Ahmed-Chaouch, responsable iconothèque au Musée de La Poste. Doctorante en histoire et histoire de la photographie, elle prépare une thèse sur la représentation de la modernité postale à travers les archives photographiques du Musée de La Poste au cours de la seconde moitié du XXème siècle.


Photo Jean-Michel Turpin / Divergence-Images

“Une carte blanche à la Arcimboldo. De la terre, des légumes, des herbes et des hommes. Des hommes, des femmes, des enfants, la terre et des photographies. Entre ville et campagne, j’ai souhaité mettre en avant dans cette sélection photographique « le potager dans tous ses états ». De la graine au légume. De la semence à la cueillette. De la petite fille à la mamie. Photogénique n’est-ce pas ? La photographie est le témoin de cette communion entre l’humain et la nature à la campagne comme à la ville. Elle permet de capter des gestes ancestraux, des portraits, une lumière et la trace du travail humain. Le pouvoir de l’image fixe est de révéler le commun, l’ordinaire par un cadre, une prise de lumière et de vue grâce à la sensibilité d’un auteur. Cette nature se découvre avec délice au travers des différents regards de ces photographes.

Juin 2021 : Corine Hamel voir les images sur FB. Corine Hamel, iconographe multimédia, qui travaille pour la presse, la communication, l’édition et les institutions culturelles, nous présente sa sélection.

Photo Myr Muratet / Divergence-Images

“La proposition de l’ANI et de Divergence est pour moi l’autorisation donnée à un enfant de déambuler dans une confiserie pour y piocher ce qui lui fait envie. Ici tout est fait maison, par des auteurs-photographes passionnés et amoureux de leur métier. Quelle sensation de liberté ! Et quel plaisir de découvrir les réponses visuelles apportées par les photographes à l’appel d’un mot clef. “AVOIR 20 ANS”, « RÊVER » ou encore “JEUNESSE” pour “Avoir 20 ans au temps du Covid”. Question d’époque. Je tente “MARS 2011”, “NOTRE HISTOIRE”, “2004”, “MARS” : la création de l’agence en 2004, son histoire, et Mars 2020, Covid toujours, Paris-Nord, 2ème semaine du confinement… Les gares vidées de leur agitation, la sidération de ces lieux désertés. Je creuse encore un peu le thème. La gare lieu de passage, symbole de départ en vacances, de retrouvailles sur le quai… Un lieu où des vies se jouent. Je tiens mon sujet : LA GARE DU NORD ! La gare des banlieues Nord, de la Seine-Saint-Denis, de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, de l’Eurostar avant le Brexit, de l’ouverture vers l’Europe, des grèves des cheminots, des petits boulots, de la précarité et du désespoir. La gare transformée en galerie marchande et tombée de son piédestal, miroir de notre société, de ses espoirs et de ses déceptions. Cerise sur le gâteau, je découvre le travail de Myr Muratet. Quasiment 20 ans de vie photographique consacrée au peuple ferroviaire et un livre : “Paris Nord”, paru en 2020 chez Building Books. Félicitations Myr Muratet pour votre travail !”

Mai 2021 : Elisabeth Sourdillatvoir les images sur FB. Elisabeth Sourdillat, iconographe iconoclaste, cherche et commande des images pour la presse et l’édition. Militante du droit des auteurs, elle suit l’actualité du droit de la création et des publications. Comme elle est partageuse, elle enseigne ces matières en filière métiers du livre à l’Université.

Photo Jean-Michel Sicot / Divergence-Images

« Des hommes qui lisent. Je suis en train de faire une recherche pour une couverture de roman. Lire le texte, établir une liste des thèmes qui constituent mes ‘pistes’. Puis partir à l’affut de l’image qui provoquera le désir du lecteur, le désir de se saisir de ce bouquin là. Dans ma liste il y a ‘la lecture’ puis, plus précisément, un homme qui lit. Mission de l’iconographe : regarder partout où se trouve de la photo, fouiller dans les recoins pour sortir l’image qui va bien. Ce travail m’amène à regarder des milliers de clichés sur chaque thème. Je pars à la chasse. Chez Divergence, je diverge, je dérive, je me fais une sélection à part, je m’amuse, m’affranchis des contraintes du client. Joie de la cueillette : dans mon panier garni, une variété de possibilités de traiter le sujet. 5 couleurs et 5 NB, celle qui convoque les grand frères Doisneau, Duane Michals, la peinture de la Renaissance, celle qui ferait une super pochette de disque, la photo réaliste ou documentaire… Hum. Il reste tout de même 33 images dans le fichier ‘non choix’. »

Avril 2021 : Julie Gourvèsvoir les images sur FB. Julie Gourvès est documentaliste iconographe, membre de l’ANI. D’abord documentaliste audiovisuel pendant 10 ans, elle a créé cette année i©onos pour proposer ses services en freelance.

Photo Frederic Grimaud / Divergence-Images

“Pour ma carte blanche en tant qu’iconographe, j’ai sélectionné uniquement des portraits. Portrait politique, de famille, artistique, en studio… Le portrait qui met en scène un métier, une vocation ou une passion, celui qui dénonce aussi. Suffit-il d’appuyer sur le déclencheur pour dire que c’est un bon portrait ? La photographie de portrait est un véritable art qui permet de saisir un moment privilégié, de refléter la personnalité du modèle, ou de figer un instant de complicité. C’est le résultat d’une relation de confiance entre le sujet et le photographe. Lieu, pose, lumière, décor… Les possibilités créatives et imaginatives sont infinies. Mais quoiqu’il en soit, c’est le regard qui confère au portrait toute sa force. Alors, oui, pour moi, un portrait est tout sauf une simple représentation physique d’une personne.”